
Haibike continue de marquer le secteur avec des modèles taillés pour l’enduro. La marque allemande franchit une nouvelle étape avec le AllMtn CF 11 TRN/IQ, un vélo entièrement "européen" : le cadre est produit au Portugal, le moteur Pinion est allemand, et l’environnement électronique et son application sont suisses. Une rareté dans l’industrie, qui mérite d’être soulignée.
La particularité de ce vélo est d’être monté avec le moteur/boîte de vitesses Pinion MGU E1.12. Une vraie innovation que beaucoup attendaient, mais qui est malheureusement un peu « écrasée » par tout le tintouin qu’a produit l’arrivée de DJI avec son moteur Avinox sur le marché. Ce qui est bien dommage, car il mérite d’être connu et a des atouts bien plus en phase avec nombre de pratiquants obnubilés par les chiffres de puissance que peu exploiteront en oubliant parfois l’agrément et la facilité d’utilisation que ce produit propose…
Nous l’avons testé sur des terrains variés pendant plusieurs semaines. Comme vous, vous pouvez tester ce vélo au shop afin de vous en faire une idée précise. Voici notre verdict.
Contrairement aux architectures classiques, le AllMtn CF adopte un design original : l’amortisseur est placé sous le tube horizontal, comme sur certains modèles Lyke ou Bosch. Haibike a optimisé l’espace avec un tube supérieur fin et ajouré, laissant l’amortisseur accessible tout en libérant de la place pour un porte-bidon, même avec un amortisseur à réservoir externe.
Afin d’avoir un jugement précis sur le comportement du vélo, nous avons monté une Fox 36 Factory Grip2 en 170 mm, proposant des performances plus haut de gamme que la Rock Shox Psylo montée d’origine sur notre AllMtn 10.
Le Pinion MGU est un dispositif intégrant un moteur associé à sa transmission. Ce moteur offre un couple nominal de 85 Nm et une puissance maximale en crête de 600 W.
Le moteur Pinion seul pèse 3,8 kg et 4,1 kg avec sa transmission (courroie, tendeur et pignon). La batterie FIT de 800 Wh (780 Wh réels) pèse 3,9 kg, ce qui fait un ensemble moteur/batterie de 8 kg, donc plus lourd que la concurrence. Mais il faut considérer que ce poids intègre la transmission, donc on gagne celui d’un dérailleur et d’une cassette. Si on considère le poids d’un SRAM AXS GX et sa cassette, on gagne alors 0,9 kg, donc 8 kg – 0,9 = 7,1 kg. Donc non, le moteur Pinion n’est pas si lourd que ça comme on peut le lire souvent dans les commentaires. C’est le Moustache Clush qui, avec ses 27,5 kg, lui a fait une très mauvaise presse de ce côté-là. Notre Haibike AllMtn CF, avec son cadre carbone « made in Portugal », ne pèse lui que 24,7 kg, ce qui est le poids moyen constaté sur les VTTAE haut de gamme carbone en système Bosch Gen 5. Donc le moteur Pinion MGU est dans la course, surtout pour un premier jet.
Avec 85 Nm de couple et 600 W de puissance maximale, le Pinion E1.12 affiche des performances "standards" face à Bosch ou DJI, plus puissants. Mais sa vraie force réside dans sa boîte de vitesses intégrée à 12 rapports, offrant une amplitude de 600% (contre 510-520% pour Shimano/SRAM).
La motorisation propose quatre modes d’assistance : Eco, Flow, Flex et Fly. Le mode Flex, notamment, s’apparente à ce que propose Bosch avec son mode eMTB, offrant une assistance dynamique adaptée à l’effort du pilote.
Mais ce n’est pas fini : la solution offre aussi diverses options pour contrôler les vitesses, allant du mode manuel à l’automatique :
Concernant la batterie : attention, dans l’application, la batterie du vélo est paramétrée sur « Longlife » et vitesse de chargement lent. Longlife empêche la batterie de charger à plus de 85%, il faut donc le décocher pour pouvoir charger à 100%. Si vous voulez charger plus rapidement, il faut cocher « rapide ».
Après près de 487 km de test, on aime bien ce vélo. En franchissement, il est aidé par une géométrie très bien équilibrée où le pilote est bien campé sur l’avant du fait d’un tube de selle très droit. Il offre un compromis montée/descente parfait. On met le mode Fly et cette démultiplication permet de s’attaquer à du pentu, mais finit par s’asseoir dans le très pentu, à l’image d’un Bosch Gen 5 à 85 Nm.
Attention, nous parlons de pentes où même équipé d’un DJI, beaucoup ne monteront pas. La limite viendra plus souvent du pilote que du matériel…
La boîte de vitesses offre un agrément et un confort d’utilisation vraiment appréciable. Le passage des vitesses est fluide, mais fait un claquement plus prononcé entre les vitesses 4 et 5, puis 8 et 9. Les 12 vitesses sont divisées sur trois arbres primaires de quatre pignons chacun. C’est donc le changement d’arbre qui est un peu plus bruyant. Mais rien de grave, c’est tout à fait normal.
Lorsque l’on rétrograde en pleine charge en montée, le moteur fait une petite coupure (certainement afin de protéger la boîte), ce qui engendre une petite perte d’élan qu’il faut donc anticiper en rétrogradant un peu avant un obstacle afin de l’aborder sur le bon rapport en ayant adopté le bon rythme. À l’usage, on s’y habitue, on comprend ce fonctionnement et on se met à passer partout avec grip et assurance, quand des moteurs plus puissants nous poussent à la faute… À méditer.
Pinion préconise un rodage de 1 000 km, et nous avons eu l’impression, au fil du temps, que la boîte devenait plus fluide et que tout présentait moins de friction au pédalage.
Nous avons eu un très gros craquement récurrent un jour, au point que nous avons cru avoir cassé la boîte. Après une calibration et un bruit d’électronique et de mouvement dans le moteur, tout est redevenu silencieux… Comme si un ajustement de la boîte s’était réalisé électroniquement… ?
En considérant le confort de ne plus avoir de dérailleur et de bruit de chaîne en descente, on commence à trouver pas mal d’avantages à ce moteur. À ce sujet, le bruit du moteur/boîte est plus présent que sur les concurrents, surtout à basse vitesse, mais rien de bien dérangeant dans la pratique.
La batterie FIT 800 Wh est amovible, avec une autonomie suffisante pour 1 500 m de D+ en modes Flow/Flex.
En descente, ce AllMtn CF10 nous a épatés. Avec son amortisseur « basique », la suspension arrière offre une sensibilité et une progressivité telle que l’on a l’impression d’avoir un amortisseur à ressort à l’arrière. En taille M pour nos 1,76 m, il paraît court, mais à l’usage, c’est un vélo ultra-joueur et maniable sans être instable à grande vitesse. On peut dire que Haibike a la recette pour proposer un E-bike aussi abouti, à tel point que c’est l’un de nos vélos préférés en descente et parcours sinueux !
Pour Haibike, le MGU offre de multiples atouts. La première concerne la distribution des masses. Cette solution offre l’avantage de diminuer les masses non suspendues en remplaçant la cassette traditionnelle et son mécanisme de dérailleur par un simple tendeur et un pignon. Elle repositionne les masses à proximité du boîtier de pédalier. Cette perte de poids sur la roue arrière libère la suspension et procure une sensation de légèreté assez flagrante lors de passages de marche ou de tronc d’arbre, avec un arrière qui bondit littéralement en haut de l’obstacle. Une sensation de légèreté très agréable. La contrepartie est qu’en montée, il faut combler cette légèreté en gardant du poids sur la roue arrière, qui aurait parfois tendance à trop s’alléger et perdre l’adhérence. Défaut amplifié par le montage mulet, qui demeure, selon nous et logiquement, plus délicat en montée technique qu’une roue arrière de 29’. Encore une fois, avec l’habitude et de l’adaptation, on compense…
La commande de vitesse est intuitive : le shifter est compact à droite et très ergonomique. On commande l’assistance à gauche du guidon à l’aide d’un petit collier discret. On distingue quatre modes : Eco, Flow, Flex et Fly. En ce qui concerne les vitesses, cela se fait à droite, avec un levier de vitesses à la fois compact et d’une utilisation très intuitive. On peut changer les vitesses à l’arrêt et utiliser également l’un des modes « intelligents », qui permet de passer les vitesses en mode automatique.
Tout est paramétrable dans l’application FIT : calibration, puissance, niveau d’assistance, verrouillage du vélo et tracking du vélo (2 options payantes chez Bosch), affichage d’un écran complet sur le smartphone avec les données de votre choix ou la carte, et connexion à Komoot pour le guiding…
La transmission par courroie Gates demeure pour nous une réelle innovation et apporte beaucoup de fiabilité et d’agrément au vélo et à son propriétaire, de par son silence, le fait d’être quasi sans entretien (durée de vie annoncée à 30 000 km), et vidange de la boîte tous les 10 000 km. C’est-à-dire que vous aurez revendu le vélo avant…
Concernant la fiabilité, nous avons cependant eu un problème de déraillement de la courroie après avoir tordu le tendeur dans un franchissement hasardeux. En effet, après m’être posé comme un goret sur une marche, j’ai légèrement tordu le tendeur. Sa fabrication en alu très léger et son emplacement exposé représente une source de problème qui aurait pu être évitée par l’adoption d’une platine de tendeur beaucoup plus épaisse, soit par une flasque de pédalier plus grande de 1 ou 2 cm, ce qui permettrait de dépasser la proéminence du tendeur et de jouer son rôle de Bash Guard.
Les tarifs de lancement étaient de 8 599 € pour le AllMtn 10 CF et 10 000 € pour le AllMtn CF 11. Pour 2026, Haibike repositionne ses tarifs en proposant ces vélos à 7 999 € et 8 999 €, ce qui les rend encore plus attrayants !
Poids : 24,7 kg.
Le vrai plus : la boîte Pinion, qui permet de passer les vitesses à l’arrêt ou sous charge, sans usure ni entretien.
Le Haibike AllMtn CF 11 TRN/IQ séduit par son équilibre et sa facilité. Sa légèreté sur le terrain et visuelle (malgré la boîte Pinion), et son côté polyvalent sans entretien. Il sait tout faire et est, à notre avis, adapté au plus grand nombre de pratiquants, qui gagneront plus à avoir un vélo polyvalent que trop radical en descente et moins joueur, sachant qu’il faut quand même sévèrement engager la viande pour le mettre en défaut sur ce point.
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